La schizophrénie synchrone-asynchrone des communicants

Où le syndrome du Social Change tout !

On sait déjà que les nouvelles technologies et le numérique vont tuer les attachés de presse et les chauffeurs de taxi. Tout va s’ubériser et transformer notre vieille société de l’ancienne économie qui n’a rien compris. On a des apps qui mènent à des services innovants et incroyables et en plus on a une relation privilégiée, multicanale et 24/7 avec nos marques et nos organisations préférées. Sous peu on fera de la télémédecine automatisée directement depuis les toilettes connectées  tout en songeant à ces enfoirés de robots qui nous aurons piqué notre job (on risque d’être des millions hein 🙂 )… bref, nous sommes dans un monde connecté en permanence pour notre plus grand bonheur.

C’est cette notion de bonheur du tout-connecté que je voudrais aborder ce jour.

Je connais beaucoup de communicants, d’attachés de presse et autres marketing managers de tous poils et, comme le bon sociologue du quotidien que je suis, il me semble que dans la communication, la digitalisation ou les nouvelles méthodes vont hélas générer un effet nocif très grave: la schizophrénie synchrone-asynchrone.

On n’y pense pas ou peu mais le communicant se retrouve souvent à jouer un double jeu:  l’immédiateté connectée qui fait que l’on apprécie les réseaux sociaux et les échanges générés  et la planification réfléchie qui elle nous permet de prévoir et d’organiser… « Tu es mal organisé si cela te gêne » me direz-vous. Non, je ne parle pas d’organisation mais de feeling de vie professionnelle, de ressenti quotidien, d’accumulation de temporalités et de priorités multiples qui au final nous font entrer dans une réalité biaisée voire créent un malaise.

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Un exemple: fidèle à sa stratégie de communication basée sur des contenus et de la valeur ajoutée, un de mes clients veut multiplier les propositions de paroles et augmenter sa part de voix. Assez classique jusque-là. Le bât commence à blesser quand ce même client regardant ses réseaux sociaux décide de changer son programme en réactif à ses concurrents. « C’est normal de regarder ce que font les autres » et je suis assez d’accord avec vous mais ce point illustre parfaitement le souci: une réflexion est détrônée par un réflexe. Et en plus un mauvais réflexe…

Contrairement aux machines, l’homme est assez limité en matière de synchrone et il suffit de gérer plus de cinq réseaux sociaux et 4 adresses de messagerie pour s’en convaincre. On est connecté en temps réel avec l’extérieur et les interactions produites génèrent des points de réflexion, ou plus simplement des réactions. Tout ceci laisse, en particulier chez les communicants, un arrière-goût de « j’ai loupé cela » qui peut faire perdre ses repères et entraîner surtout une micro panique face à sa réalité de travail sur ses clients ou sa société.

De même, l’être humain ayant la fâcheuse tendance à suivre sa « majorité d’influence », le communicant peut rapidement subir une sorte de lavage des idées ou des convictions qui va l’amener à oublier son rôle principal, le conseil réfléchi et argumenté.

Entendons-nous bien, se remettre en cause face aux réalités du terrain est normal, logique et lucide. Par contre, remettre en cause un plan d’action argumenté et réfléchi au profit d’une tendance sociale me semble plus que dangereux pour son client ou sa société.

L’asynchrone est plus facile à gérer car existant de longue date avec son PPDC (plus petit dénominateur commun) informatique qui date tout de même de 1971: le mail 🙂

En principe, on sait gérer ces interactions qui autorisent un délai plus ou moins long en fonction de l’importance du message (ça mériterait un billet aussi vu le nombre de personnes incapables de gérer la mise en copie ou non de toute la boite en réponse à un mail d’information mais je vais partir du principe que c’est acquis 😉 ). C’est le mode de communication le plus usuel car il est naturel et adapté à notre état d’humain « qui n’a que deux mains ».

C’est la gestion en parallèle de ces deux temps de travail qui peut faire perdre ses repères ou faire vivre une période de doute inutile et angoissante.

Un exemple typique et courant : je monte une opération RP pour le 10 mai, je vois que je ne suis pas le seul, je constate que d’autres s’activent, échangent avec les journalistes sur FB, les mêmes que je souhaiterais avoir moi… résultat, une flippe associée à une question : je continue ou je décale ?

Dans mon for intérieur je le sais, j’ai vendu un plan d’action, une stratégie, des actions et cela sur six mois donc que j’ai du monde, moyennement du monde ou peu de gens, comme c’est un programme complet, ça ne changera pas vraiment au final du point de vue des résultats… Et pourtant je m’inquiète, voire plus, car ma vie synchrone a pris le dessus sur mes plans et prévisions asynchrones.

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Et donc, au final ?

Comme j’avais pour but d’écrire avec des mots compliqués, si vous lisez encore c’est que je m’en suis pas mal sorti 🙂

Mais plus sérieusement, voici mes tips à moi quand ces moments de doute surviennent et que ma schizophrénie prend le dessus :

  1. il existe une chose à laquelle se rattacher quelles que soient les circonstances : ses plans et ses tactiques. On y a assez bossé et j’ai confiance…
  2. Ce n’est pas parce que des concurrents font du social media mieux que soi que l’on doit tout arrêter et tout changer.
  3. A part exception majeure, je ne calque pas mes plans d’action sur les concurrents, ce sont eux qui me suivent…
  4. Mes petits collègues sont aussi filous que moi mais ils ont les même craintes : je n’ai donc aucune raison de changer ou m’inquiéter

 

 

Et de façon induite, ces quelques conseils peuvent aussi s’appliquer aux DG, Dir Com et autres Responsable d’entreprises car si vous commencez à gérer votre communication en fonction des autres, vous risquez de ne jamais avoir de messages clairs à proposer…

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